Frédérique, le coeur dans les myrtilles

Portrait  Frédérique Van Zuylen, Fred&Berries

Par Nadine Beissel, septembre 2017

Quelques hectares en plein coeur de l’Ardenne, entourés de sapins. On croirait la région réservée aux exploitations forestières ou aux pâturages. Et pourtant c’est là que, quelques semaines par an, Frédérique récolte ses précieuses myrtilles. Portrait d’une agricultrice amoureuse de sa région.

Ce samedi-là, il pleut. Mais la pluie fine qui lèche la cîme des épicéas de part et d’autre des petites routes n’entame pas notre bonne humeur. A une éclaboussure de Vielsalm, à Grand-Halleux, nous allons à la rencontre de Frédérique Van Zuylen, de la ferme Fred & Berries. Le nom n’est pas trompeur: une fois traversée la dernière rangée d’épicéas, c’est exactement ce qu’on peut y trouver: Fred, et des myrtilles. Beaucoup de myrtilles.

Des lacets, des virages... A travers les paysages ardennais, on se rapproche des myrtilles de Frédérique comme elle l'a elle-même fait à travers son parcours professionnel. Photo: Nadine Beissel.

Quel a été ton parcours scolaire, dans les grandes lignes ?

FVZ: Je n’ai pas été une élève modèle, j’ai changé 8 fois fois d’école durant mon parcours scolaire. j’ai commencé mes primaires dans un grand collège bruxellois, et j’ai fini mes humanités dans une école artistique, où ce n’était pas tout à fait la même ambiance. Après mes humanités, je suis partie un an en Argentine avant d’entreprendre mes études universitaires à l’ULB en Sciences politiques. Je suis donc politologue de formation. Diplôme, que j’ai complété par une formation en gestion et communication.

Photo: Frédéric Raevens.

Ce parcours va à l’encontre de ce que tu vis aujourd’hui. Pourquoi ces choix totalement différents ?

FVZ: Pas tout à fait. Mes études universitaires et artistiques m’aident fréquement. Par exemple, face à des problématiques à résoudre ou des décisions à prendre, ma formation universitaire m’a appris à développer un esprit d’analyse et de synthèse, ainsi que la faculté d’interagir avec des acteurs ayant des intérêts divergents. Avoir étudié Science Po – qui finalement n’est que l’étude de la manière dont les individus se mettent ensemble pour gouverner – m’aide beaucoup chez Färm pour qui la gouvernance participative est essentielle. La mise en place, en conditions réelle, de ce système de gouvernance novateur est un challenge passionnant.

Mon désir de création a toujours été une constante, que ce soit dans ma petite entreprise Fred & Berries ou chez Färm. La créativité ne se limite pas au domaine artistique, elle est présente et nécessaire dans tous les autres domaines de la vie.

Je crois que l’homme est fait pour s’épanouir dans plusieurs activités. C’est d’ailleurs un concept développé par Karl Marx ! Nous ne sommes pas voués à une seule tâche. Je m’épanouis tout autant en m’intéressant à la géopolitique, qu’en peignant ou en travaillant la terre durant des heures. Nous sommes multiples et ce serait dommage de se limiter à un seul secteur d’activité, pour autant qu’on se ne disperse pas.

Photo: Frédéric Raevens.

Tu as voyagé, essayé plusieurs métiers. Qu’est-ce qui t’a motivée dans le choix de ton activité de productrice ?

FVZ: Mon but, c’est d’exercer un métier qui aie du sens, tant à titre personnel qu’en tant que citoyenne. Avant de rejoindre Färm, je travaillais dans l’événementiel, tout ce qu’on produisait était éphémère. Tout ce travail pour une soirée festive et puis plus rien, je ne comprenais pas. Je me sens plus en adéquation avec le métier d’agricultrice, on s’inscrit dans la durée. Ce métier a aussi du sens, parce que je suis en harmonie avec une nature encore préservée autour de mon hameau de Hautes Ardennes.

Si nos myrtilliers donnent aujourd’hui des fruits de qualité, c’est parce qu’ils se nourrissent uniquement de ce que la nature leur donne, sans intervention humaine, et qu’ensuite nous les cueillons à la main, une à une, sans pression, au rythme de leur mûrissement. Cela m’a appris à être patiente, à respecter les caprices du temps, à attendre que le fruit soit parfaitement mûr, pour livrer ce qu’il y a de meilleur et de plus frais.

Photo: Frédéric Raevens.

Tu fais cela avec ton papa qui est propriétaire du terrain. C’est lui qui a commencé la production de myrtilles? Pourquoi ce choix?

FVZ: Les plants étaient déjà là depuis une trentaine d’années, mon grand-père les avait plantés en 1982 sur son domaine forestier. Ma famille est en effet très impliquée dans la sylviculture depuis 1854 et a créé en 2002 le premier Groupement forestier belge, afin que ce patrimoine forestier reste pérenne. Sur plus de 30 ans, ces plants de myrtilliers ont connu une croissance tout à fait naturelle sans aucun engrais, ni traitement, longtemps laissés à l’abandon, envahis pas la végétation, ce qui les a rendu extrêmement résistants.

En 2011, à mon retour de l’étranger, j’ai remis la plantation en état et l’aventure a commencé.

En 2013, j’ai entrepris les démarches pour obtenir la certification bio, avec l’avantage que tout mon environnement est bio, sans risque de contamination extérieure.  Depuis, l’exploitation a doublé et j’intègre de nouvelles variétés. A l’heure actuelle, il y a 1200 plants sur un hectare, dont la majorité sont des variétés anciennes.

Photo: Frédéric Raevens.

Vous avez choisi les myrtilles américaines plutôt que les myrtilles sauvages. Pourquoi ne pas cultiver nos plantes indigènes?

Quand on dit “myrtilles américaines”, il s’agit uniquement du nom que portent ces arbustes. Ces plantes sont cultivées chez nous depuis longtemps, on n’a rien importé des Etats-Unis. Un peu comme les tomates qui, il y a plusieurs siècles, ont été découvertes en Amérique du Sud.

Quant aux myrtilles sauvages, d’une part il est impossible de les cultiver, et d’autre part elles sont strictement protégées, comme d’ailleurs une très grande partie de la flore sauvage.

Frédérique et notre sympathique gérant de färm.saintecatherine
Avec Paul et Sotiris à färm.saintecatherine: à trois, commander, dépalettiser, agencer des milliers de références en épicerie sèche. Photo: Frédéric Raevens.

Tu travailles également dans l’un des magasins Färm. Qu’as-tu aimé dans le concept pour arriver à cette envie d’y travailler, qu’est-ce que tu en retires?

C’est la devise de Färm qui m’a convaincue: « Changeons les liens des hommes à leur alimentation pour changer les liens entre les hommes ». Quand j’ai découvert cette nouvelle conception de l’alimentation, j’ai désiré travailler pour cette entreprise qui place l’être humain au centre de ses préoccupations. J’ai pu trouver ce que je recherchais, une vraie aventure humaine. Il y a de nombreux défis à relever, certes pas toujours faciles, mais nous essayons chacun, selon notre personnalité, à y parvenir un peu plus chaque jour.

Je ne voulais pas pour autant abandonner mon activité de productrice de myrtilles. C’est là que Färm m’a proposé un contrat de travail sur mesure, qui me permet de continuer mon activité agricole. J’ai donc un contrat suspensif le temps de la récolte estivale. Nous avons dû nous organiser en interne avec ma super équipe ! D’ailleurs la plupart de mes collègues ont une activité en parallèle. S’épanouir en développant également un projet distinct n’est pas un frein pour l’entreprise, c’est une richesse et c’est entre autre pour ça que j’aime y travailler.

En Conseil d'Administration, avec Lionel (parts A), Alexis (parts B), Christophe (parts D), François (parts A), Juliette et Olivier (parts A).

J’ai aussi décidé de devenir coopératrice de l’entreprise et de présenter ma candidature au Conseil d’Administration en tant que représentante des membres du personnel. Je suis la seule femme siégeant au Conseil d’Administration. C’est une responsabilité importante et très enrichissante. J’apprends constamment, avec comme leitmotiv de me focaliser sur l’intérêt général, à savoir débattre et décider de ce qui est juste, pour le devenir de l’entreprise et de son personnel. Même s’il faut parfois prendre des décisions difficiles ou dans l’urgence, l’important selon moi, c’est de garder le long terme à l’esprit et de tenir compte des capacités et des limites de ceux qui m’ont élue à pouvoir relever les défis de la direction.

Les myrtilles de Frédérique sont disponibles dans tous les magasins Färm, ainsi que dans d’autres points de vente privilégiant une agriculture locale, biologique et de qualité.

Enfin, si vous souhaitez en savoir davantage sur Frédérique et son petit coin de bonheur ardennais, n’hésitez pas à visiter son site.

Cultiver des myrtilles dans son jardin, possible?

La myrtille américaine (Vaccinium Corymbosum) fait partie de la famille des Ericaceae, on la retrouve principalement aux États-Unis, au Canada dans et dans les pays nordiques européens. Elles poussent en grappes sur un arbuste de juillet à fin septembre, tandis que sa cousine la myrtille sauvage est répartie dans de petits buissons qu’il est impossible de cultiver et que l’on cueille en forêt uniquement au mois de juillet en Belgique.

Comme beaucoup d’autres Ericacae, la myrtille demande un sol très acide: plantez-la en automne ou au début de l’hiver dans un grand trou rempli de terre de bruyère.

La récolte est un peu fastidieuse: comme les framboises, les myrtilles ne mûrissent pas toutes en même temps. Elles se récoltent une à une pendant tout l’été.

Conserver les myrtilles

Les myrtilles sont des fruits fragiles. Certains fruits et légumes perdent leur attrait ou leurs arômes au frigo, mais ce n’est pas le cas de la myrtille. N’hésitez pas à la conserver au frais: cette baie venue du Nord appréciera. Elle se surgèle très bien aussi pour qui souhaite la cuisiner ensuite.

Les bienfaits de la myrtille

Avec quelques 60 calories pour 100 grammes, vous pourrez en manger à volonté sans vous sentir coupable et sans peur de perdre votre ligne!

Comme beaucoup de fruits, elle est gorgée de nutriments et de vitamines.

Concentrée en antioxydants, source non négligeable de vitamine C et de manganèse, des micronutriments indispensables pour rester en bonne santé.



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