Des docs pour accélérer la fin de la faim

Reportage  Festival Alimenterre

Par Jehanne Bergé, octobre 2017

Chaque année, le 16 octobre est marqué par la Journée Mondiale de l’alimentation. Depuis 2008, autour de cette date, l’ONG belge SOS faim organise le Festival Alimenterre. Par une sélection de documentaires, mais aussi de débats ou d’ateliers, le festival présente les enjeux de notre alimentation et tente de faire connaître des pistes d’actions. Rencontre avec Maryse Williquet, coordinatrice de l’évènement depuis 2016.

Dans le monde, près d’un milliard de personnes souffrent de la faim. Oui, les chiffres font froid dans le dos. Aussi, deux tiers de ceux qui meurent de faim sont des paysans. Un véritable paradoxe du à leur niveau de pauvreté. Ces données alarmantes sont malheureusement le résultat de choix politiques. Face à cette situation, SOS Faim soutient l’agriculture familiale pour tendre vers un système agricole et alimentaire plus juste et plus durable. Lors du Festival Alimenterre (joli jeu de mots), l’ONG présente au grand public les  problématiques tournant autour de notre alimentation et les initiatives que nous pouvons entreprendre en tant que citoyen.

Sensibiliser le public belge

C’est dans son bureau à quelque pas du Sablon que nous retrouvons Maryse Williquet. La jeune femme nous présente  avec entrain et passion les enjeux du festival Alimenterre. «SOS Faim a une double mission. D’une part au Sud, on accompagne les paysans en leur apportant une aide technique, organisationnelle et financière pour qu’ils améliorent eux-mêmes leur situation de façon durable et autonome. D’autre part, ici en Belgique, on essaye de sensibiliser et de mobiliser les citoyens et les décideurs afin d’influencer les politiques qui ont un impact sur la faim et la pauvreté dans les pays en développement.»

C’est dans le cadre de ce travail de sensibilisation qu’est organisé le festival dont l’objectif majeur est de remettre l’agriculture et ses acteurs sur le devant de la scène. Dans sa vie personnelle comme professionnelle, Maryse s’est toujours battue pour ses idéaux. «Je crois que le film documentaire est un medium qui permet de raconter une histoire, de capter le public. C’est un bon moyen de faire passer un message de manière émotionnelle. Depuis le film Demain, les gens ont enfin compris que les documentaires pouvaient être intéressants et pouvaient faire bouger les choses,» confie-t-elle.

Après Bruxelles, le festival s’est étendu à Arlon, Charleroi, Namur, Liège, Ottignies et Louvain-La Neuve. «On travaille avec des partenaires locaux en dehors de Bruxelles. Dans la capitale, les salles sont souvent complètes mais dans le reste de la Belgique, on a encore du travail pour attirer le public.»

Trop c’est trop

La militante s’agite, elle nous raconte le quotidien des paysans du sud qui sont les premières victimes du système global : «On est allé trop loin dans une vision de l’agriculture qui n’est pas durable. Il faut soutenir notre agriculture locale et envoyer des signaux aux politiques et aux industries agro-alimentaires pour leur dire « on ne veut plus manger des produits qui ont fait trois fois le tour de la terre, qui ont été transformés cinq fois et qui font du tort aux petits agriculteurs. Il faut une protection des marchés plus faibles et une rémunération juste. Par exemple, parce qu’ils étaient subsidiés les oignons hollandais coûtaient moins cher que les oignons sénégalais, ça a créé un énorme déséquilibre au Sénégal. Si les produits consommés ne sont pas locaux, il faut qu’ils soient issus du commerce équitable. Même si c’est parfois difficile, il est important de s’informer, de se tenir au courant.»

Dans les coulisses

Depuis la sélection des films en passant par les affiches jusqu’aux contacts avec les partenaires, Maryse est au four et au moulin. Même si le festival se déroule tous les ans autour du 16 octobre, l’organisation, elle, démarre plus de six mois avant. «La sélection de docu suit un processus d’éducation à la citoyenneté. Nos bénévoles sont très actifs dans le choix des films. En fait, moi, je fais une présélection de 30, 40 documentaires que je choisis à travers des recherches sur le net, ou via d’autres festivals ou encore avec les membres de notre réseau. Ensuite, pendant deux mois, quinze bénévoles évaluent chaque film selon une grille d’analyse.  Enfin, on choisit les films.» Pour la jeune femme, le béaba du documentaire sur le thème de l’alimentation reste «je mange donc je suis», un film produit par le CNCD en 2012.

C’est tendance!

Les documentaires sur l’alimentation ont le vent en poupe. «Il y a neuf ans, peu de documentaristes s’intéressaient à cette thématique. Ces dernières années, les films sont de meilleure qualité. Le marché américain est beaucoup plus riche. La thématique est plus à la mode. Ce sont les aspects sanitaires et écologiques qui ont le plus de succès pour l’instant, moins le coté justice sociale», avance la coordinatrice. L’objectif à travers le festival est d’attirer un public de néophytes qui ne gravite pas dans les sphères de l’alimentation durable, histoire de les sensibiliser. Après Bruxelles, le festival s’est étendu à Arlon, Charleroi, Namur, Liège, Ottignies et Louvain-La Neuve. «On travaille avec des partenaires locaux en dehors de Bruxelles. Dans la capitale, les salles sont souvent complètes mais dans le reste de la Belgique, on a encore du travail pour attirer le public.»

Le forum des alternatives

Au début, le festival ne proposait «que» des films et des débats mais le public restait sur sa faim se demandant «mais nous qu’est-ce qu’on peut faire». Face à ce besoin d’agir, l’équipe a mis en place le forum des alternatives qui se déroule chaque année le premier dimanche du festival.  «On rassemble des porteurs d’initiatives concrètes à qui on donne la parole. De plus en plus de gens veulent changer leurs habitudes alimentaires. Il existe une multitude de modèles. On construit ensemble et on va vers quelque chose de positif», se réjouit Maryse Williquet.

L’édition 2017

Cette édition 2017 se déroulera à Bruxelles du 12 au 15 octobre au Cinéma Galeries et empruntera ensuite les routes wallonnes (le 17 octobre à Louvain-la-Neuve, le 19 à Namur, le 24 à Charleroi).  Les semences seront à l’honneur lors de la soirée d’ouverture de cette 9e édition à travers la projection du film « Seed : The untold Story » de Taggart Siegel et Jon Betz, suivie du débat «Semences: quelle liberté pour les agriculteurs?» Projection-débats, ateliers, bourse d’échanges de semences, théâtre-action, enrichiront la programmation cinématographique et permettront aux participants de se rendre acteur du changement. Sans oublier le Forum des Alternatives, le dimanche 15 octobre à partir de 12h00 au Cinéma Galeries : 5 espaces (ateliers, rencontres-débats, courts-métrages, mobilisation, enfants) pour découvrir, débattre et agir avec des acteurs impliqués en faveur d’un autre système alimentaire.

Nouveauté 2017 : le Festival a décidé de créer le «Prix du Festival de films Alimenterre» qui récompensera un documentaire de la sélection pour sa force de sensibilisation et son pouvoir de mobilisation. On se réjouit de découvrir tout ça!

Plus d’infos : http://festivalalimenterre.be/



Recevoir le magazine

De färmidables nouvelles une fois par mois. Pas de harcèlement. Juste vous et nous.