Taty Lauwers: remettre de la pensée dans la nourriture

Portrait  Icône

Par Isabelle Masson-Loodts, octobre 2017

Comment repenser sa façon de se nourrir aujourd’hui, au regard des liens multiples qui se dessinent entre l’alimentation et le cancer, ou d’autres maladies de civilisation ? En marge de la campgne ThinkPink, réponse avec Taty Lauwers.

Apprendre à s’écouter, oser poser un regard critique sur les discours de nutrition à la mode, et retourner à des aliments vrais, si possible locaux et bio : ce sont quelques-unes des clés que Taty Lauwers assemble depuis plus de 20 ans dans ses livres et conférences. Un trousseau d’accès alimentaire à la santé qu’elle ne cesse d’améliorer et enrichir, pour aider ceux qui le souhaitent à se sortir eux-mêmes, sans gourou, des dédales nutrithérapeutiques…

Taty Lauwers est une bombe d’énergie ! Elle l’admet elle-même d’emblée : c’est ce penchant naturel à l’activité qui l’a elle-même un temps perdue. Car comme beaucoup de superwomen, celle qui était alors une lobbyiste survoltée a volé en éclats il y a plus de 20 ans, lorsque la maladie l’a confrontée à revoir sa façon de vivre, et surtout, de se nourrir !

« J’avais 38 ans quand j’ai dû être opérée d’un cancer du colon. Mon dernier fils avait 2 ans, ça a été un électro-choc. J’ai examiné mon arbre généalogique et réalisé qu’à 3 générations, on y trouvait des femmes décédées jeunes du cancer. Je me suis rendue compte qu’en fait, j’avais toujours été malade avant cela. Je n’avais jamais pris la peine d’apprendre à cuisiner. Je mangeais n’importe quoi. »

Eternelle « tête dure » — on ne se refait pas — Taty a beau se sentir déboussolée par ce qui lui arrive, elle veut d’emblée comprendre par elle-même. Alors que sa chimiothérapie se passe mal, elle décide de l’arrêter, et refuse les rayons qui lui sont proposés pour venir à bout des cellules cancéreuses qui subsistent encore dans son organisme. Ce que d’aucuns interprètent alors comme un coup de folie, elle en fera son cheval de bataille : cela faisait deux ans, déjà, qu’elle courait les médecins, persuadée de sentir se développer en elle une tumeur qu’ils ne voyaient pas, alors sa rémission, elle veut la prendre en charge activement.

Retrouver son nord alimentaire

Comme d’autres personnes déboussolées par la maladie, Taty se met en quête d’un « Nord alimentaire ». Elle court les colloques et stages de nutrition, s’adonne aux régimes végétariens ou viandeux les plus excessifs… Puis se rend compte que ce qui donne parfois des résultats positifs sur une courte période finit par induire de nouveaux déséquilibres: «J’ai réalisé par exemple que le régime végécrudivore ne me convenait pas : il avait fini par provoquer chez moi une recto-colite auto-immune!»

Mais cette expérience lui permet de comprendre un mécanisme essentiel. Celui par lequel les premiers effets de certains régimes peuvent créer un leurre : «Quand on se lance dans le crudivorisme, par exemple, on renonce à la malbouffe, on réduit la part des aliments transformés que l’on ingère, on va vers le bio, et s’oblige à repenser sa cuisine. Cela provoque au début un effet de drainage extraordinaire, comparable au premier effet flash que connait un toxicomane lors du sevrage… Le souci, c’est que ces effets ne durent pas plus de 15 jours ou 3 semaines, après quoi ils laissent souvent place à d’autres soucis.» Le début chaotique de ce parcours auto-didacte dans la révolution alimentaire, fait d’essais et erreurs, Taty l’assume pleinement. Elle s’en nourrit depuis lors pour tenter d’aider les autres à éviter les pièges de la nutrition: «J’ai beaucoup de compassion pour les gens qui cherchent aujourd’hui des solutions à leurs souffrances auprès des grands gourous que l’on voit désormais pulluler. J’ai mis presque 7 ans à accepter qu’il n’y a pas de secret, sinon celui peut-être d’apprendre à écouter son corps plus que les grands discours. Il faut pouvoir se détacher de ces grands discours, et ce n’est pas facile car on entre un peu en nutrition comme en religion!»

Retour aux fondamentaux

A l’heure où internet donne accès, en matière de santé nutritionnelle, à de nombreux discours, à des recettes tranchées et des paroles faciles, Taty ne cesse de rappeler que le cancer n’est pas une maladie simple. Son esprit cartésien l’a poussée à réaliser la synthèse de ses observations concernant les préceptes de la médecine classique, ceux des nutritionnistes les plus hurluberlus, et ceux qu’elle range désormais parmi les plus sages, comme Kousmine… Elle a développé pour cela 3 critères à la lueur desquels elle évalue désormais toutes les théories nutritionnistes : le critère historique (a-t-on des exemples de société sur lesquelles le régime alimentaire questionné a montré des bénéfices à long terme?), celui de la démonstration scientifique, et enfin, celui de la reproductibilité sur le terrain. «Si les 3 ne sont pas respectés, le mode alimentaire n’est pas durable. Dans une période où l’on a perdu les fondamentaux, en politique comme en alimentation, on doit apprendre à les retrouver en se référant à ce que faisaient nos aïeux et des naturopathes sérieux. Nous sommes des nains debout sur les épaules de géants, mais nous avons oublié ces géants. Il faut s’ancrer dans le sol plutôt que de se laisser porter par une vague qui chasse l’autre.»

Désormais en rémission depuis plus de deux décennies, Taty Lauwers poursuit ses recherches et son écriture sur les façons dont l’alimentation peut aider à éviter une rechute du cancer. «D’autres ont déjà beaucoup dit sur la façon de prévenir ou guérir le cancer, pas sur la façon dont on peut rester en bonne santé après.» Si elle invite chacun à tracer sa propre voie de santé en s’appropriant ses conseils pour les adapter à son métabolisme, Taty résume ses propositions en 3 axes : apprendre à cuisiner, acheter des aliments sains, écouter son organisme…

Retour aux bienfaits de l’alimentation de terroir

Choisir des aliments vrais est à ses yeux essentiels :  «Le chercheur Anthony Fardet dans son livre Halte aux faux aliments ! Mangeons vrai paru aux Editions Thierry Souccart, fait la démonstration implacable que les faux aliments assemblés par l’industrie agro-alimentaire à partir d’une multitude de constituants sont à l’origine des grandes maladies chroniques non transmissibles qui touchent les pays occidentaux.» Se nourrir les yeux grands ouverts n’est pas pour autant facile, aujourd’hui pour les consommateurs, car les offres d’alimentation dite «durable» se multiplient, mais leurs critères ne sont pas toujours objectifs, rappelle Taty : «On confond par exemple souvent alimentation locale et saine. Or les critères de l’alimentation locale sont souvent flous. C’est la raison pour laquelle je valorise les aliments bio (ou issus de la biodynamie) locaux. Cela ne vaut pas pour les importations de pays lointains, mais jusque là, chez nous, le bio, est soumis à des contrôles stricts.»  L’ex-lobbyiste se veut toutefois prudente, estimant que de grands groupes comme Monsanto, en rachetant des entreprises dans ce secteur, risquent de parvenir à assouplir ses règles. Faire le choix d’une alimentation locale représente à ses yeux la meilleure possibilité de tracer sa propre voie de santé alimentaire tout en luttant contre les dérives du monde agro-alimentaire. «Rencontrer au moins de temps en temps le producteur, c’est d’une part le soutenir, et d’autre part garder le contrôle sur ce que l’on met dans son assiette. Il est important pour cela de réduire autant que possible les intermédiaires, et de rendre visite au moins ponctuellement aux maraîchers et aux fermes qui fournissent les GACS, AMAPS, et autres systèmes de distribution alternatifs qui émergent.»

Quelques-uns des nombreux livres de Taty Lauwers. Vous pourrez en découvrir une sélection dans les magasins färm, ainsi que sur les sites des éditions de Taty: http://www.lestoposdetaty.com et http://www.cuisinenature.com.

La relève

Jusqu’il y a 3 ans de cela, Taty Lauwers donnait des séminaires d’audit nutritionnel pour nutrithérapeuthes: elle y livrait les outils qu’elle a développés pour permettre d’étudier avec recul et la tête froide la situation de santé et nutritionnelle d’une personne, et l’orienter selon les nécessités vers un médecin, un coach alimentaire ou un psychologue qui l’aidera à trouver le mode alimentaire qui lui convient le mieux. «Chaque personne est dotée d’un métabolisme unique. Si quelqu’un va bien, il n’y a pas de raison de lui faire changer d’habitudes alimentaires, on peut l’orienter vers le changement d’autres parcelles de vie… L’idée est d’orienter celui qui le souhaite vers son propre mode alimentaire optimal.» Ces formations sont désormais assurées par Maya Dedecker. «Elle est physicienne de formation. J’apprécie beaucoup  son esprit rationnel et rigoureux, et aussi le fait que comme moi, elle préfère la justesse des choses au marketing. Devenue coach en nutrition après ses formations à la Weston A. Price Foundation, est venue suivre un de mes séminaires. On a accroché.» Après avoir formé 300 personnes dont 50 pratiquent ses méthodes, Taty préfère se consacrer pleinement à l’écriture… On y verra indubitablement une forme de sagesse, et d’application dans la vie de ce qu’elle propose pour l’alimentation : «Globalement, ce qu’il faut viser est simple : manger un peu, de tout, et pratiquer de temps en temps des cures pour permettre à son organisme de respirer.»

Pour en savoir plus

Le site personnel de Taty Lauwers.
Les topos de Taty.
Le site Cuisine Nature.
La chaîne Youtube de Taty: une mine d’informations et de conseils!
Le site de Maya Dedecker.



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