Je n’aime pas Noël mais promis je ne suis pas une mauvaise personne

Chroniques

Par Jehanne Bergé | décembre 2017

Noël, une histoire de « Je t’aime moi non plus ». Alors que la plupart des gens se réjouissent de l’approche des fêtes de fin d’année, notre chroniqueuse Jehanne se transforme en lutin grognon et nous explique le pourquoi du comment elle et Noël ça ne colle pas vraiment….

Petit Papa Noël

Loin de moi l’idée de jouer les party poopers mais vraiment Noël, ce n’est pas mon truc. Tout a commencé  il y a déjà quelques années…  Je mesurais 1m30 et je trouvais ça assez aberrant que des adultes essayent de me faire gober qu’un seul et même homme vivant au pôle nord soit capable de distribuer des jouets aux enfants du monde entier en une nuit seulement. Petite mais pas crédule mini Jehanne ! En toute honnêteté, j’avais bien compris que la carotte et le vin rouge qu’on plaçait devant la cheminée finissaient dans l’estomac de mes parents mais je jouais le jeu, parce que le fait que j’y croyais, ça avait l’air de leur faire plus plaisir à eux qu’à moi. S’il ne s’agissait que de bluffer pour satisfaire l’âme d’enfants de ma famille… Mais il fallait aussi se coltiner ces moments ultra malaisants sur les genoux d’un pauvre monsieur déguisé pour prendre une photo au supermarché (dans mon jeune temps, färm n’existait pas). J’avais envie de lui glisser dans le creux de l’oreille « je sais que t’es payé pour ça t’sais mais t’inquiète je le dirai pas…».

Jehanne et son anti-noël par Carole Lyon.

Money, money, money

Les années ont passé, j’ai fini par grandir (ou vieillir c’est selon). Noël est devenu, à mes yeux, une espèce d’obligation héritée de la culture judéo-chrétienne… Mais surtout une fête ultra commerciale et un prétexte de consommation à outrance, de calories avalées et d’averse de bons sentiments un peu neuneu. J’aime offrir des cadeaux, j’adore ça même. Mais par contre la course aux achats me dégoûte. Vite vite, enchaîner les boutiques une liste en main la carte de crédit dans l’autre. Quel est le plaisir là-dedans? Et puis, sérieusement que celui qui n’a jamais reçu du brol (comme on dit en Belgique) me jette son premier emballage recyclable. Les cadeaux nuls qui s’entassent dans le fond des armoires…. Pourquoi on s’inflige ça ?

Au fait connaissez-vous la véritable origine du Père Noël ? Il est directement inspiré de notre bon vieux Saint Nicolas mais version USA. Lorsque les Hollandais s’installèrent aux États-Unis, Sinterklaas (Saint-Nicolas, quoi) devint Santa Klaus (et il grossit de quelques kilos par la même occasion)…  Un certain Clement Clarke Moore écrivit en au début du XIXème, deux contes de Noël pour ses enfants  dans lesquels le Père Noël apparaissait dans son traîneau tiré par des rennes. Les récits furent traduits en plusieurs langues et diffusés dans le monde entier. Quelques années plus tard, le dessinateur Thomas Nast représenta Santa Claus ventru et jovial, à la barbe blanche et accompagné de rennes dans une célèbre revue américaine. En 1931, Coca-Cola a demandé à Haddon Sundblom de dessiner ce vieux bonhomme (dont la renommée grandissait) en train de boire le soda (devenu) universel pour reprendre des forces pendant la distribution de jouets. Le dessinateur l’habilla aux couleurs de la célèbre bouteille, rouge et blanc. A coup de pubs et de marketing, le père Noël bedonnant s’est invité dans tous les foyers du monde. Et la suite, vous la connaissez. Magique Noël, vous disiez ?

Le père Noël de Thomas Nast en 1881

La famille parfaite

L’image de la famille parfaite autour de la grosse dinde n’a jamais vraiment été ce que j’ai connu. Aujourd’hui, il existe autant de types de familles que d’individus. Mais cette image (plutôt old school) du papa, de la maman, des grands-parents et de la ribambelle d’enfants qui gambadent autour de la table est encore largement dominante. Cette pression sociale peut réveiller un flot de sentiments négatifs et de frustrations chez ceux qui se sentent exclus de cette « joie collective familiale ». Surtout que les médias, les films en boucle et l’ambiance générale pendant un mois nous rappellent sans cesse que « vive Noël, vive la famille, vive les achats ». Résultat, on se sent coupables et le cercle vicieux bat son plein. Peace, cool, relax, vous n’êtes pas seul(e).

 Les alternatives

Si vous aussi qui lisez ceci n’êtes pas au top avec cette avalanche de « noëlisation », vous pouvez faire comme moi et décider de prendre les choses en main (oui carrément). Au lieu de ressasser notre mauvaise humeur dans le salon devant une émission nulle ou un énième épisode de série, plusieurs options s’offrent à nous… Nous pourrions commencer par accepter l’idée que Noël est un jour comme un autre et que « non, ce n’est pas triste de ne rien faire». Et si on en profitait pour voir nos amis juifs, musulmans ou bouddhistes. Ou pourquoi ne pas aller au cinéma? On y sera probablement plus tranquille que jamais… Il est aussi possible de se porter volontaire auprès d’associations qui aident les personnes vivant dans la précarité, par exemple opération thermos ou Deux Euros Cinquante. Tous les soirs, au cœur de Bruxelles, au parc Maximilien, des réfugiés attendent dans le froid, pourquoi ne pas devenir bénévole en allant y distribuer des repas ? Ou bien décider d’organiser une fête avec tous ceux qui se sentent exclus, un espèce de Noël des orphelins collectif où l’être ensemble peu importe les conditions primerait sur l’avoir ? Les possibilités sont multiples. Au final, l’important dans les fêtes de fin d’année est de se sentir bien et de s’entourer de ceux qui nous apportent de la joie. Le reste, finalement, c’est accessoire. Je vous l’avais dit, je n’aime pas Noël mais promis je ne suis pas une mauvaise personne. 🙂

Joyeuses fêtes de fin d’année à toustes !



Recevoir le magazine

De färmidables nouvelles une fois par mois. Pas de harcèlement. Juste vous et nous.