Dis-moi ce que tu jettes, je te dirai qui tu es

Reportage   Gestion des surplus alimentaires

Par Jehanne Bergé, Printemps 2018

On ne peut aborder le sujet de l’alimentation durable et responsable sans parler de gaspillage alimentaire. Présents de la production à la consommation, les surplus sont parfois donnés ou récupérés mais malheureusement encore beaucoup trop souvent jetés. Analyse.

Les chiffres de Bruxelles Environnement font froid dans le dos. Dans notre capitale, 25.000 tonnes de produits alimentaires finissent à la poubelle chaque année. Au niveau mondial, un tiers de la nourriture produite pour la consommation humaine n’est pas consommé, mais jeté. Dès la récolte ou la production, en passant la transformation, la distribution ou notre frigo : 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont jetées par an tout au long de la chaîne alimentaire. Un quart de cette alimentation permettrait pourtant de nourrir les 870 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde. Il est clairement temps de mettre un terme à ce gâchis. Chez färm, on a décidé de faire un maximum pour éviter le gaspillage alimentaire. Que ce soit à travers nos fournisseurs ou dans nos magasins, nous mettons tout en œuvre pour développer une consommation responsable et tendre vers le zero waste.

Chez färm, on s'engage au quotidien pour la réduction des surplus alimentaires.

Au commencement, il y a le champ

Dans le premier épisode de notre série « une année à la ferme », Gwenaël Dubus expliquait devoir se débarrasser d’une partie de sa marchandise. Bien que cela puisse paraître surprenant pour le grand public, tous les agriculteurs sont obligés de « jeter » une partie de leur production. Mais dans ce secteur le mot jeter prend un sens tout à fait différent. «Ces légumes-là resteront en terre et serviront à la fertilité des sols », confie Gwenaël Dubus. En général dans les fermes, les «pertes» finissent donc en compost. Quant aux invendus triés et lavés, ils sont donnés chez Gwenaël à des associations comme la Croix-Rouge ou la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés.

« Il faut aussi changer les mentalités des consommateurs, même si dans le bio il y a moins d’exigences par rapport à des critères de calibres par exemple, les acheteurs continuent de préférer les jolis fruits et légumes et ne prennent pas ceux qui sont trop difformes ou un petit peu abîmés», explique Isadora, chargée de projets durables pour färm. Hé oui, les stéréotypes sur les moches ont la vie dure…

Jeter est une réalité bien connue des exploitants agricoles, qu’ils soient petits, grands, bio ou conventionnels. En tant qu’amoureux de la terre, ils sont les premiers à souffrir, parfois profondément, de cette injustice.

Dans nos magasins, on vend malin

Il n’y a pas de secret, pour éviter les déchets, il faut avoir une bonne gestion de stocks. Pour ce faire, le travail en amont est important, il faut bien calculer commandes, bien ranger les rayons, apprendre à connaître les habitudes des consommateurs. « Si des produits frais arrivent à la date de péremption, on fait des ventes rapides », avance Isadora. Si il y a des invendus, le personnel peut se servir. Le reste est donné à la fermeture, à des associations caritatives qui font souvent de la récupération alimentaire. « Aussi, on essaye nous-même de transformer les produits frais. Notre super chef Louis en fait des merveilles pour le rayon traiteur. Finalement, ce qui finit dans les poubelles est ce qui est périmé depuis trop longtemps et qui n’a été repris par personne, donc c’est assez limité comme quantité. On est tout de même en train d’explorer d’autres pistes, comme le compost, pour que de moins en moins de nourriture finissent à la poubelle », explique la spécialiste.

Pour éviter les surplus, il faut avoir une bonne gestion des stocks.

La récup’ fait des miracles

Ils sont de plus en plus nombreux à récupérer les surplus pour préparer des petits plats délicieux. Les associations actives dans l’anti-gaspillage sensibilisent le public tout en proposant de la nourriture de qualité et bio accessible à tous. A Ixelles par exemple, l’espace collaboratif « La Serre » rassemble plusieurs initiatives anti-gaspi plutôt chouettes. On y trouve notamment l’Oustaou, un restaurant de quartier qui réinvente la cuisine végétarienne avec des produits bio, locaux et de saison en partie issus de « la récup ».  L’équipe de Fruitopia transforme les fruits invendus en produits de longue consommation comme des délicieuses confitures ou de succulents chutneys.  Up Cooking est un restaurant itinérant revalorisant les invendus alimentaires issus de filières biologiques. Une fois transformés, ils sont servis dans une ambiance conviviale.
Färm collabore également avec Eatmosphere (dont nous vous avions déjà parlé par ici) ou encore avec Les Gastrosophes qui organisent de sympathiques tables d’hôtes à base d’invendus.
Concernant les légumes, l’entreprise tubizoise Les Notes de mon jardin les transforme en quiches et soupes. Dans nos magasins, vous pouvez également retrouver les soupes  du Potager du Guimpoux cuisinées à partir de surplus de producteurs.

L'équipe de Fruitopia, transforme les fruits invendus en produits de longue consommation comme des délicieuses confitures ou de succulents chutneys.

Jeter moins c’est innover

Vous l’aurez compris, les initiatives ne manquent pas. D’ailleurs pour rassembler toutes ces belles idées, deux jeunes ont décidé de créer un réseau européen pour lutter contre le gaspillage alimentaire : le food waste innovation network, le foodwin. Alice Codsi est l’une des responsables Traiteur du magasin färm.saintecatherine, mais elle aussi à la base du projet foodwin. « Depuis 2013, ma vie tourne autour de la lutte contre le gaspillage alimentaire. J’ai découvert le concept des disco soupes en Allemagne. J’ai trouvé l’idée super sympa et j’ai lancé la version bruxelloise. C’est un chouette événement de sensibilisation au gaspillage alimentaire en musique dans l’espace public. Les gens coupent les légumes et préparent la soupe tous ensemble. On apprend à reconnaître un aliment périmé. L’ambiance est super positive, on se déguise même en fruits. », explique la jeune femme en riant. D’ailleurs, avis aux amateurs, la prochaine disco-soupe se tiendra le 28 avril à La Serre.
En 2015, Alice rencontre son homologue néerlandophone Joris. Lui aussi est passionné par la gestion des surplus alimentaires et la réduc’ du gaspillage. Après avoir réalisé un tour d’Europe, il fait le constat que beaucoup de gens mettent des choses en place pour un monde meilleur sans savoir que d’autres font la même chose dans un autre pays. Avec Alice, ils décident alors de créer un réseau européen pour mettre les acteurs du changement ensemble et créer des ponts. Le foodwin compte aujourd’hui 150 membres à travers l’Europe. « On travaille aussi avec les responsables des régions et des villes pour en mettant en place des stratégies pour diminuer le gaspillage alimentaire. Aussi, on organise les food waste awards. »

La joyeuse équipe du FOODWIN

Dernière étape, la cuisine

Une fois passés les étapes de la production et de la distribution, les aliments ont un ultime obstacle : le frigo ! Chacun de nous est responsable de sa consommation comme de sa poubelle. Chaque Bruxellois jette 15 kg de nourriture par an. Ce qui revient à un total 15.000 tonnes, l’équivalent de 3 repas par jour pour 30.000 personnes durant 1 année. La manière dont on gère notre frigo est cruciale. Nous vous invitons à relire notre article trucs et astuces pour une vie zero waste. Bruxelles Environnement a édité un petit guide intitulé «Manger bien, jeter moins», voici quelques conseils pour devenir un super consommateur.

  • Mieux vaut faire ses courses le ventre plein.
  • Faire périodiquement ses courses de « produits secs » et acheter au jour le jour les produits frais.
  • Outil indispensable : la liste de courses, à bien préparer.
  • Toujours respecter la chaîne du froid : terminer les courses par les surgelés et se munir de sacs isothermes pour les transporter.
  • Prendre le temps de lire les étiquettes, ça peut paraître aller de soi, malheureusement ça n’est pas toujours le cas!
  • Cuisiner les restes ou directement les surgeler.

Et puisqu’on vit aujourd’hui dans un monde 2.0, voici une petite selec’ d’applis au top pour éviter de remplir nos poubelles au quotidien.

  • Too Good To Go : des commerçants y proposent leurs invendus à des prix avantageux à venir chercher après avoir payé en ligne.
  • Gérer mon frigo : donne l’alerte quand un produit de notre frigo va être périmé.
  • Frigo Magic : donne des idées de recettes créatives avec ce qu’il reste dans le frigo. Un bout de chocolat, du choux et du fromage de chèvre ? Bonne chance !
  • Le groupe Facebook Nourriture à récup & Antigaspillage Bruxelles permet à tout un chacun d’offrir ses surplus de nourriture.


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