Juin à la ferme, avec Alex

Portrait  Un an à la Ferme du Peuplier, S01E04!

Par Charline Cauchie, Juin 2018

Ça y est ! Il est arrivé, le printemps, et il ne laisse aucun répit aux maraîchers de la Ferme du Peuplier. Ce mois-ci, nous suivons Alex, responsable des cultures pour Gwenaël. Et c’est parti pour une étonnante marche méditative entre tomates et épinards…

Je vous préviens, si on veut faire convenablement tout le tour des grandes parcelles, ça peut prendre la journée !”, nous avertit Alex en souriant. Derrière ses lunettes aux fines montures, le regard est franc et sympathique.

Avec l’arrivée du printemps, Alex le cache bien, mais il est surchargé. Il accepte néanmoins très gentiment de nous faire faire le tour de “son” jardin : huit hectares de cultures, plus les autres parcelles auxquelles il jette fréquemment des coups d’oeil de maraîcher passionné.

“Je vous préviens, si on veut faire convenablement tout le tour des grandes parcelles, ça peut prendre la journée !”, nous avertit Alex en souriant.

Journal de bord d’un maraîcher

Dans les mains, il tient son téléphone ainsi qu’un petit carnet. Les deux lui sont d’une grande aide tout au long de la journée : “Le téléphone, c’est un peu comme un talkie walkie. Parfois, on est à 15 mètres les uns des autres, mais c’est plus simple de se téléphoner: qui a les clés de la camionnette? Est-ce que la récolte avance bien? On s’appelle assez souvent, surtout entre chefs de cultures.

Puis, le fameux carnet : “C’est là que je note tout ce qu’il faut faire, les tâches, mes idées, c’est mon journal de bord. Tout va très vite, on a plein de trucs en tête, il faut vraiment mettre sur papier pour ne pas oublier. On sait qu’on ne pourra pas réaliser toutes ses envies, du coup, cela aide à établir des priorités. Puis, quand on a des responsabilités, c’est essentiel.” Alex est responsable d’une parcelle de huit hectares dont la culture nécessite un sérieux suivi : “Verdures, salades, épinard, fenouil, etc. Je dois faire le plan de culture, gérer l’implantation, la plantation, le suivi, la récolte, ou encore les rotations entre les terres.

Le téléphone, c’est un peu comme un talkie walkie. Parfois, on est à 15 mètres les uns des autres, mais c’est plus simple de se téléphoner."
“C’est là que je note tout ce qu’il faut faire, les tâches, mes idées, c’est mon journal de bord. Tout va très vite, on a plein de trucs en tête, il faut vraiment mettre sur papier pour ne pas oublier."

Le bio, une évidence

Alex doit aussi superviser les équipes qui travaillent sur ces terres : “Depuis les ajustements de janvier (voir notre chronique précédente, ndlr), on a fixé les postes. Avant, on était tous un peu chefs de cultures, mais, dans les faits, personne ne l’était. Maintenant, c’est beaucoup plus clair. Cela me donne plus de responsabilités, mais je préfère avoir beaucoup de travail, c’est valorisant pour moi, car c’est l’aboutissement de tout ce que j’ai fait auparavant. J’aime cette reconnaissance!”

Le parcours d’Alex est emblématique d’une génération à la recherche d’une autre manière de pratiquer l’agriculture : “J’avais commencé à étudier l’agronomie à l’université, mais je n’ai pas terminé, justement parce que les questions que l’on se posait à l’époque dans cette formation, c’était : “jusqu’à combien de kilos de pesticides je vais pouvoir mettre sur ma parcelle?” Il y a dix ans, ce n’était pas du tout axé bio. Ça m’a trop déplu. Je suis parti voyager en Amérique latine en travaillant dans des fermes bio. J’ai plus appris comme ça, sur le tas, que dans les bouquins.

Pour Alex, rien de tel que le terrain pour apprendre ce métier : “Par la suite, j’ai vu des ingénieurs qui savaient manipuler des OGM en laboratoire, mais n’arrivaient pas à distinguer un poireau d’une carotte. Alors, je n’ai aucun regret!” s’amuse-t-il. Le bio a toujours été une évidence : “Je ne me vois pas faire autre chose. Bio certifié, ou agriculture naturelle sans pesticides ni chimie, peu importe, mais le principal c’est d’être en accord avec ma pratique.

Le parcours d’Alex est emblématique d’une génération à la recherche d’une autre manière de pratiquer l’agriculture.

Alors, quand Gwenaël, le responsable de la ferme du Peuplier, recrutait, Alex n’a pas hésité à pousser la porte : “Cela va faire deux ans que je suis là. Et puis, j’ai une entreprise sur le côté, car je suis indépendant complémentaire sur ma propre pépinière.” A temps plein à la ferme et ensuite sur sa propre exploitation, mais comment fait-il? “Ce sont de très grosses journées, en effet. J’arrive tôt, je repars à l’heure, car je ne peux pas me permettre des extras ici. Et quand je sors, il faut vraiment que mon énergie et mon cerveau passent à autre chose. D’où l’intérêt du carnet encore! Cela me permet de dissocier mes boulots.

Alex combine un temps-plein à la Ferme et ses activités sur sa propre exploitation.

Les tomates et toutes ces choses à (re)découvrir

Mais pour Alex, pas question de parler de surcharge : “Dans la pépinière, je fais des plants à repiquer, des plantes aromatiques. Tout est lié, en fait, entre le travail avec les plantes et la nature du champ. Mes deux jobs sont complémentaires, ils me permettent de suivre un légume du début à la fin. Par exemple, récemment, j’ai testé une nouvelle variété de tomate, résistante au mildiou, la maladie la plus répandue chez les tomates. C’est une tomate qui résiste hors des serres. Personne ne fait de la tomate en extérieur! Hé bien, nous sommes en train de l’expérimenter ici. Vous voyez, ce qui est chouette dans ce métier, c’est que l’on arrête jamais de découvrir.

D’ailleurs, dans les bacs que tient Alex, il y a des betteraves rouges qui vont être plantées dans des mottes pressées. “C’est maintenant que tout est à faire, on est en train de planter dans tous les champs. Le printemps est un moment charnière, tout se décide en quelques semaines. Après ça continue assez naturellement.

Est-il rassuré sur le planning? “Pour le moment, ça roule bien, on respecte plus ou moins le plan de culture. Après, il y a toujours des imprévus, des pannes de tracteurs ou ce genre de choses. Ce n’est jamais une science exacte.” Mais le maraîcher est satisfait, la récolte des épinards a déjà pu commencer, puis, à partir de mi-juin, ce sera le tour des salades, des courgettes, du fenouil, du persil et des bettes.

C’est plutôt bien parti, on est train de planter tout le champ et on attend les résultats et puis c’est la récolte à partir de mi-juin : les premiers fruits de tous nos efforts!

"Vous voyez, ce qui est chouette dans ce métier, c’est que l’on arrête jamais de découvrir."
“C’est maintenant que tout est à faire, on est en train de planter dans tous les champs. Le printemps est un moment charnière, tout se décide en quelques semaines."

Les tracteurs qui nous font méditer

Pour travailler dans l’équipe d’Alex, il faut être rapide, efficace et connaître les machines : “Chez moi, c’est très mécanisé. Du coup, j’apprécie les gens qui ont une connaissance des tracteurs, des bineuses. Car iI faut pouvoir gérer si cela tombe en panne. Les machines peuvent faire 15.000 plants à l’heure, mais si on ne sait pas les utiliser, c’est pire que mieux.” Depuis cette année, la ferme du Peuplier a une nouvelle recrue en la personne de François : “Il est fils d’agriculteur, et c’est vraiment ce qui nous manquait dans l’équipe. Moi, je viens d’une famille qui a fait de grandes études intellectuelles. En fait, nous étions tous des néoruraux! François, lui, est né dans les machines, il voit directement ce qui coince, c’est inné chez lui.” Et c’est une vraie plus-value dans l’équipe d’Alex : “Dans le maraîchage bio, 90% des personnes sont des gens qui ont une envie de retour à la terre, mais, du coup, on n’a pas cette intelligence des machines. Car il y a aussi une envie de s’en passer à cause d’une conscience écologique plus développée, une envie de changement.

Alex, lui, n’a pas de problème avec la mécanisation : “Il y a moyen d’être mécanisé en faisant très bien les choses.” Il reconnaît toutefois que le travail de l’homme qui doit suivre la machine est très répétitif : “C’est vrai, oui, mais, personnellement, j’aime encore bien les tâches à la chaîne. Pour moi, c’est une forme de méditation.

“Il y a moyen d’être mécanisé en faisant très bien les choses.”

Tout en discutant, Alex ramasse régulièrement de petites poignées de terre qu’il presse entre ses doigts. Le geste est machinal, il sourit quand on le lui fait remarquer: “C’est comme un tic, j’ai toujours de la terre en main. En fait, rien qu’en en prenant un peu comme ça, en la reniflant, je sais deviner beaucoup de choses : l’état du sol, la chaleur, le niveau d’humidité, si elle est suffisamment oxygénée, c’est intuitif, je prends une poignée et voilà.” Et voilà. Un bel être humain, cet Alex.



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